Les histoires
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Le bol qui devient un repas
Au Japon, le mot donburi a quelque chose de singulier. Il désigne un bol profond ; il évoque aussi le repas servi dedans, du riz surmonté de ce que l’on a préparé pour l’accompagner. Le récipient a fini par prêter son nom au plat. Pour comprendre pourquoi, il faut imaginer ce qui se passe lorsqu’on cesse de disposer les aliments côte à côte : ils se rapprochent, se répondent, et chaque bouchée peut réunir ce que l’on aurait autrement mangé séparément.
Le goût qui reste au fond
À la fin d’un plat de pâtes, il reste parfois un peu de sauce. La fourchette a emporté les dernières bouchées, mais le fond de l’assiette garde encore le jus des champignons, le parmesan fondu et ce que le feu a tiré de chaque ingrédient. On y revient avec un morceau de pain. Ce dernier geste dit quelque chose de simple : dans un repas, le goût continue souvent après que les aliments ont disparu.
Le repas commence avant la première bouchée
Dans le Tokyo des années 1920, un restaurateur se mit à concevoir les assiettes de son propre restaurant. Pourquoi aller aussi loin pour un repas ? Cet homme, Kitaōji Rosanjin, dirigeait Hoshigaoka Saryō, où la saison et la façon de présenter chaque préparation comptaient autant que la cuisine. Le Smithsonian conserve aujourd’hui six petites assiettes liées à son restaurant, marquées de l’étoile de Hoshigaoka. Cette étoile rappelle qu’un passionné de cuisine peut pousser son attention jusqu’à la terre sur laquelle le repas est servi.
La trame qui porte
Dans l’actuelle préfecture de Saga, à la fin de l’époque Jōmon et bien avant les ateliers d’Arita, un bol peu profond a pris forme contre une matière souple. Sur son extérieur, l’argile a gardé la marque de fibres entrecroisées. Le support végétal a disparu ; des fragments du bol ont traversé le temps. Des millénaires plus tard, leurs empreintes ont permis aux chercheurs de comprendre qu’une étoffe tressée avait accompagné la terre pendant qu’on la façonnait. Voir les recherches du musée d’Ichihara ↗
La brume que la main retrouve
Le bol est posé, vide, sur la table. Son ouverture est large, ses parois descendent doucement vers le centre et son bord arrondi dessine une ligne simple. De loin, sa couleur semble uniforme. Il faut s’approcher : sur le gris très pâle, presque couleur de terre, de petites ponctuations se dispersent. Certaines zones sont plus claires, d’autres paraissent légèrement voilées. À l’intérieur, la matière présente un relief perceptible au toucher. Le regard distingue les nuances ; la main, elle, sent que la surface n’est pas parfaitement lisse.
Le cercle des sept herbes
Sur la surface sable du Saladier — Sable, sept petites poignées de verdure attendent encore séparées. La mâche touche presque la roquette ; le cresson garde sa place ; les herbes coupées n’ont pas encore disparu dans la vinaigrette. Quelqu’un prend le temps de les regarder une dernière fois avant de les mélanger. C’est à cet instant que le bol reçoit un vœu.
Quand un bol mérite un merci
À Arita, 679 bols forment un mikoshi, un palanquin de cérémonie réalisé avec le concours de 62 ateliers. Près de lui, chaque année, on peut apporter un autre bol : celui qui s’est ébréché, s’est cassé, ou a simplement achevé son usage.
De 180 ml à deux litres
Un gobelet sans anse de 180 ml ; un grand saladier de 2 litres. Ils appartiennent à la même série, mais le second contient environ onze fois plus que le premier. Posés côte à côte, ils racontent autre chose que des dimensions : l’un se rapproche de la main, l’autre attire les regards vers le centre de la table.
L’eau de riz
Le blanc de Kakiemon, le grain des céramiques sobres et deux façons japonaises de regarder une surface
Arita s’appelle Imari
Deux noms autour d’une porcelaine : Arita désigne son lieu de fabrication ; Imari, le port par lequel beaucoup de pièces ont voyagé. En Europe, c’est souvent le nom du port qui est resté.
Le jaune de Jingdezhen
Prenez une pièce Yunhuang et retournez-la. Avant le pied, avant la marque, avant toute chose : regardez le bord.
Un bol pour chacun, une table à partager
Imaginez un dîner à deux. Un plat de légumes est posé au centre de la table. Devant chaque personne, un bol.