Origines culturelles · Journal OrienX
« Harmoniser les cinq saveurs » : que dit vraiment le Suwen ?
Dans le chapitre Shengqi Tongtian Lun, « harmoniser les cinq saveurs » répond à une réflexion sur les excès. Ce n’est ni une recette ni l’obligation de réunir cinq goûts.
L’expression chinoise jin he wu wei, souvent rendue par « harmoniser avec soin les cinq saveurs », vient du chapitre Shengqi Tongtian Lun du Suwen. Isolée, elle pourrait passer pour un conseil de cuisine. Dans le texte, elle conclut une réflexion médicale ancienne sur le corps, les saveurs et les conséquences attribuées à leurs excès.
La phrase dans son contexte
Dans le passage, « 阴之所生,本在五味 » précède une série de mises en garde contre le goût poussé à l’excès ; vient ensuite « 是故谨和五味 », « ainsi, accorder les cinq saveurs avec soin ». Dans le système des organes, du yin et du yang du Suwen, il s’agit de mesure face aux excès, pas de réunir cinq goûts dans un bol, encore moins de prêter au bol une action sur le corps.
Avant cette formule, le chapitre décrit tour à tour ce qui arriverait lorsque l’acide, le salé, le sucré, l’amer ou le piquant prennent trop de place. Ces effets sont expliqués selon la conception des organes, du yin et du yang propre au Suwen. Le texte invite ensuite à une juste relation entre les saveurs ; il ne donne pas une liste d’ingrédients pour le dîner.
Une idée ancienne, une pratique actuelle distincte
Le livre ne dit pas non plus qu’une céramique peut harmoniser le corps. L’ancien langage de santé reste dans son contexte historique ; les questions de nutrition actuelle demandent leurs propres sources. Cette distinction laisse à la formule sa vraie portée culturelle, sans lui faire promettre davantage.
Si vous venez de la page du bol bas, retenez cette place de la formule dans le raisonnement. Sa surface ouverte de 20,6 cm permet de disposer grains, légumineuses et légumes séparément : on peut goûter chaque élément avant de décider d’un assaisonnement, tandis que la courbe intérieure retient un peu de sauce. OrienX traduit ainsi une attention au goût en geste de table ; le texte ancien ne décrit ni cette forme ni cette méthode.
Source : Huangdi Neijing Suwen, « Shengqi Tongtian Lun », chapitre 3. Pour une mise en pratique culinaire distincte, lire aussi « Goûter d’abord, assaisonner ensuite ».
Image de couverture : page d’une édition ancienne du Suwen, Wikimedia Commons, domaine public. Ce n’est pas la page exacte de la citation.